Le Tao Te King de Lao Tseu - Une voie

Quand les enseignements du Tao deviennent une expérience de vie

JeanLuc Grollet

5/9/20266 min read

1.Introduction - Une sagesse qui ne se comprend pas seulement avec l'intellect
  

J’ai découvert le livre de Lao Tseu, le Tao Te Ching, il y a environ trente ans, après ma découverte du taï chi chuan, qui fut pour moi « ma voie » et qui continue encore aujourd’hui. Car l’essence même du Tao, c’est peut-être cela : suivre sa voie sans forcer, sans vouloir tout contrôler, contourner les obstacles plutôt que de s’y opposer.

Lorsque j’ai commencé le taï chi chuan avec William Nelson, j’ai senti qu’il incarnait cette voie du « non-agir » — le wu wei. J’ai alors cherché un livre qui pourrait me parler du Tao, et j’ai découvert le Tao Te Ching. Mais dès la première page, j’ai compris qu’il me faudrait peut-être toute une vie pour en saisir le sens.

Le Tao ne s’explique pas vraiment. Il se ressent dans le mouvement, le souffle, le silence et la manière d’habiter le monde.

2.Qu’est-ce que le Tao ?

On attribue le Tao Te Ching à Lao Tseu, qui aurait vécu au pays de Tch’ou vers l’an 600 avant notre ère. « Lao » signifie « vieux » et « Tseu » est un titre honorifique réservé aux sages.  On peut traduire le Tao comme le grand principe de l’ordre universel. Il agit sans agir, ne fait rien et pourtant tout se fait par lui.

« Le Tao qu’on tente de saisir n’est pas le Tao lui-même. Le nom qu’on veut lui donner n’est pas son nom véritable. »                                                                                                                                                               

 Lao Tseu devait donner un nom à l’origine de la vie car, pour parler ou se faire comprendre, il fallait bien utiliser des mots. Mais le nom n’est pas le Tao.

« Sans nom, il représente l’origine de l’univers. Avec un nom, il constitue la mère de tous les êtres. »            

 C’est de lui que sont nés tous les organismes vivants sur la Terre.

« Par le non-être, saisissons son secret ; par l’être, abordons son accès. »                                                    

L’être, c’est nous-mêmes et notre mental. L’individu se connecte en lâchant le mental pour simplement « être ».

Le Tao est la loi naturelle de toutes choses. De l’un est né le deux, puis du deux est né le trois, et du trois sont nés tous les êtres du monde. Il est le mouvement perpétuel de toute vie, régi par le yin et le yang, issus de l’unité, opposés et complémentaires.                                                                                                                                       

 Il est le cycle naturel des saisons, mais aussi celui des transformations des végétaux, des animaux et des êtres humains. Il harmonise sans contrôler.

3. Le Wu Wei — L’action juste sans forcer

Le wu wei est souvent mal compris.

Wu wei = non-agir ?

Au départ, penser que l’on va être dans le « non-agir » est déjà une action mentale. C’est encore agir pour vouloir être dans le « non-agir ». Mais une fois dans cet état, celui-ci s’efface et laisse place à un simple état d’être, non identifié au mental.

Ce n’est pas de la passivité. C’est une observation sans contrôle du « moi », l’absence de tensions inutiles et de rigidités mentales.

En taï chi chuan ou en qi gong doux, la détente est recherchée et la concentration (yi) doit rester dans la présence au corps, comme les cordes d’une guitare bien accordées créent l’harmonie.

Un jour, alors que Bouddha méditait sur les bords du Gange en cherchant l’illumination, une barque passa près du rivage. A bord se trouvaient des musiciens. Bouddha entendit un maître de cithare dire à son élève « Les cordes ne doivent pas être trop tendues, sinon elles risquent de casser, ni trop détendues, sinon elles ne sonneront plus juste. »

Bouddha comprit alors l’importance de l’équilibre : ni trop, ni pas assez. C’est ainsi, dit-on, qu’il trouva l’illumination.

Sung — Le relâchement

C'est la combinaison du yin et du yang dans une parfaite harmonie. Mais là où les difficultés apparaissent, c’est lorsque ces deux forces ne sont plus équilibrées : quand le yin ou le yang deviennent excessifs ou insuffisants.

On retrouve ce principe dans la médecine traditionnelle chinoise.                                                                   

Sung, c’est le relâchement juste.

C’est comme un aigle qui plane dans le ciel, son poids soutenu par le vent sous ses ailes. Il semble suspendu dans l’espace, en totale harmonie avec le ciel et la Terre.

4. La souplesse et la force du vivant

Les grandes idées taoïstes nous enseignent que :

« Rien n’est plus souple que l’eau, et pourtant rien ne lui résiste. »

Les surfeurs glissent sur les vagues en utilisant leur force plutôt qu’en luttant contre elles.                  Essayer d’arrêter l’eau en construisant un barrage sans ouverture est impossible : l’eau finira toujours par passer.

L’eau n’est qu’une faiblesse apparente qui contient pourtant une immense puissance.

Le souple l’emporte sur le rigide. Les Chinois ont symbolisé ce mouvement par le tuishou, mouvement d’absorption et de restitution.

Tout le monde connaît la fable de La Fontaine « Le Chêne et le Roseau ». Le chêne, robuste et solide, se déracine face à la tempête, tandis que le roseau, frêle et souple, s’incline sous la force du vent sans se briser.

L’eau est l’un des plus grands symboles du Tao.

5. Le vide, le silence et l’espace intérieur

« Une jarre est faite d’argile, mais c’est du vide intérieur que dépend son utilité. »

Le vide est partout autour de nous, et c’est lui qui donne leur utilité aux choses.

Les planètes évoluent dans l’espace. Notre atmosphère elle-même flotte dans ce vide. Il faut du vide dans les tuyaux pour transporter l’eau. Du vide dans les pneus pour rouler. Du vide dans l’habitacle d’une voiture pour nous transporter. Du vide dans les canaux des arbres où circule la sève.

Il y a aussi de l’espace entre chaque mot. Du silence entre les sons. Et parfois, dans ce silence, une véritable présence.

Le vide se remplit toujours de quelque chose.

Dans la méditation, c’est l’espace intérieur qui permet la présence. Et cette présence peut conduire vers ce que Jung appelait le « Soi ».

6. Yin et Yang — L’équilibre dynamique

Comme je l’ai dit plus haut, le yin et le yang sont des forces opposées et complémentaires. Il n’existe pas de yin sans yang, ni de yang sans yin.

Ces deux forces se rejoignent et s’attirent mutuellement. Mais lorsqu’un déséquilibre apparaît, l’être humain cherche naturellement à retrouver une harmonie.

C’est du moins… le désir du mental.

Deux mondes opposés : l’ego et le Tao

L’ego désire, veut obtenir, contrôler, posséder. Il crée souvent agitation et désordre.

« Le Tao n’agit pas, et pourtant tout se fait par lui. Comme la nature, c’est par le non-désir et la quiétude que l’univers se règle de lui-même. »

Le yin et le yang sont aussi des cycles de transformation et d’engendrement de tout ce qui est vivant. Ils se nourrissent mutuellement et se transforment selon des rythmes différents.

Quelques exemples simples de cette complémentarité essentielle :

  • la respiration : inspiration et expiration ;

  • l’expansion et la flexion ;

  • la marche : un pied devant l’autre ;

  • les saisons : hiver et été, printemps et automne.

7. Le Tao dans la pratique quotidienne

Le Tao n’est pas réservé aux sages, aux monastères ou à une philosophie abstraite. Tout le monde peut prendre conscience de cette présence en pratiquant la marche méditative, en se concentrant sur la respiration ou simplement en observant ses pensées.                                                                                       

Une méthode très simple consiste à se demander :

« Quelle sera ma prochaine pensée ? »

A cet instant, nous devenons observateurs du mental au lieu d’en être prisonniers.

On peut aussi simplement s’asseoir sous un arbre, dans un lieu paisible, et observer le souffle, les sensations ou le silence.

La méditation ou la relaxation consistent souvent à alléger le flot incessant des pensées qui nous éloignent de la présence. Le mental peut créer des inquiétudes, des tensions et des illusions qui finissent par troubler notre vie. Pourquoi rester enfermé dans ce que nous avons fait hier, il y a une semaine ou plusieurs années ? Le passé n’existe plus.

Il est parfois bon de revenir simplement à la présence. Le taï chi chuan et le qi gong demandent cette qualité d’attention. Le lien entre l’esprit et le corps doit être soutenu par le yi : la concentration et la présence à chaque instant du mouvement.

8. Conclusion — Revenir à la simplicité

Le Tao ne consiste pas à devenir quelqu’un d’autre, mais à retrouver une manière plus simple, plus fluide et plus naturelle d’être au monde.

Il invite aussi à voir les illusions que les êtres humains fabriquent chaque jour à travers leurs croyances, leurs peurs et les constructions du mental.

Le Tao, c’est peut-être simplement revenir à la simplicité et à l’authenticité.

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